
À l’été 1942, Matriona Volskaïa a sauvé plus de 3 000 enfants de la mort en les évacuant de la région de Smolensk, alors occupée, vers l’arrière du front. L’opération de résistance qu’elle a menée reste à ce jour l’action de sauvegarde d’enfants la plus vaste de la Seconde Guerre mondiale.

Le 14 août 1942, un train hors du commun s’arrêta en gare de Gorki (l’actuelle Nijni Novgorod). Soixante wagons de marchandises chauffés transportaient des enfants affamés, épuisés mais vivants – tous originaires de Smolensk, fuyant les bombardements allemands. Pour survivre, ils avaient dû quitter leurs proches et leur terre natale, où sévissaient de violents affrontements. Les Allemands ne faisaient aucun quartier : ils incendiaient les villages, exécutaient avec une extrême cruauté et sans aucune pitié les familles des communistes et tous ceux qu’ils soupçonnaient de collaborer avec les partisans.
Nikifor Koliada, commandant de l’unité des partisans, surnommé « Batia » (Papa), comprenait qu’il n’y avait qu’une seule issue pour sauver les enfants et adolescents de Smolensk de la mort ou des camps allemands : les envoyer à l’arrière. Les parents, en larmes, acceptèrent l’idée et laissèrent partir leurs fils et leurs filles.

Batia confia l’organisation de ce transfert périlleux à Matriona Isaïevna Volskaïa, institutrice primaire dans le village de Bassino. Il ne se doutait pas que cette jeune femme de 24 ans, qu’il connaissait comme une éclaireuse efficace, portait elle-même un fils sous son cœur. Volskaïa avait déjà reçu l’Ordre de l’Étoile rouge pour une opération de partisans près du village de Zakoup.
Batia ne put lui donner que deux aides : Varvara Poliakova, collègue institutrice, et Ekaterina Gromova, infirmière. À elles trois, ces femmes de moins de 25 ans durent évacuer des centaines d’enfants.
« Je n’ai jamais cru qu’on y arriverait, confia plus tard Varvara Poliakova (Sladkova), aujourd’hui décédée. Dans des interviews télévisées des années 1980, elle racontait : “Ma belle-mère m’avait offert une montre en or. Je la lui ai rendue. Je pensais : si je péris, au moins la montre lui sera utile …” ».
Premier transfert

Le 23 juillet 1942, sur la place du village d’Elissevitchi, c’était la désolation. Environ 1 500 enfants s’y étaient rassemblés avec des accompagnateurs – beaucoup avaient leur père au front, leurs grands frères et grandes sœurs combattaient dans les groupes de partisans. C’était terrible de quitter les siens, mais encore plus terrible de rester. On n’emmenait que ceux qui avaient au moins 10 ans. Les plus âgés avaient 16-17 ans. Les partisans savaient que les plus petits ne tiendraient pas 200 kilomètres sur des chemins impraticables et des marécages, en zone de front, où on pouvait être attaqué par les nazis à tout moment…
« J’avais une peur bleue, racontait Varvara Sergueïevna. Pas pour moi – pour eux. Comment faire passer autant d’enfants sur une route si dangereuse ? »
On divisa les enfants en groupes de 40-50, avec des agents de liaison. En tête marchait la chef de l’opération, Volskaïa, avec les plus grands ; ensuite Poliakova avec les un peu plus jeunes ; et fermait la marche l’infirmière Gromova avec les tout-petits. Ils marchaient le jour : la nuit, les enfants se cachaient dans la forêt, et Matriona partait en éclaireur 20-25 kilomètres en avant pour s’assurer que la route n’était ni minée ni surveillée par lesAllemands.
Peu après le départ, Volskaïa fut appelée au quartier général des partisans. À son retour, elle annonça qu’il fallait changer d’itinéraire – les éclaireurs avaient signalé que les Allemands les attendaient. Ils devraient passer par un autre chemin, dans les arbres tombés et les marais. Motia organisa les plus grands pour faire un chemin de rondins : ainsi purent passer non seulement les gens, mais aussi quelques chevaux chargés de bagages et de nourriture.
En ces journées de juillet, il faisait très chaud. L’eau ne manquait pas, mais ils ne pouvaient pas la boire : les puits et même l’eau de la rivière Gobza, où les nazis avaient jeté des cadavres, étaient empoisonnés. Seule l’eau pure des lacs soutenait les forces de « l’armée d’enfants ». En voyant la Dvina occidentale, les enfants sortirent de la forêt en courant vers la rivière. Trois chasseurs allemands qui tournaient dans le ciel leur tirèrent dessus. Les enfants se dispersèrent, seule une charrette avec un cheval resta au bord. C’était la petite Jenia Alekhnovitch, complètement épuisée – elle avait été blessée.
Incroyable mais vrai : ce fut la seule fille blessée pendant le transfert ; les autres arrivèrent sains et saufs à la gare de Toropets.

3 225 vies
Sur la route, des enfants des villages autour vinrent grossir les rangs de « l’armée » — Volskaïa les prenait tous. À Toropets, près d’un millier d’enfants supplémentaires les rejoignirent ! Ils attendirent le train pendant plusieurs jours : on installa les enfants dans une ancienne école, dans un club à moitié en ruine, dans un bois, ainsi que près d’une caserne où les soldats partageaient leurs rations avec eux. Mais la gare était bombardée, et les casernes étaient les premières visées, alors Motia dut mettre les enfants à l’abri dans un bois plus sûr.

Dans la nuit du 5 août, ils montèrent dans le train. L’« armée » de Volskaïa s’étira le long du convoi de soixante wagons. Les ados s’installèrent peu à peu à l’intérieur, et sur les toits, on avait écrit en grosses lettres « ENFANTS ». Motia n’arrêtait pas de se faire du souci : combien de temps durerait le voyage ? Résisteraient-ils ? Comment les nourrir ? Beaucoup d’enfants épuisés commençaient déjà à avoir des problèmes intestinaux, leurs gencives saignaient…
Les enfants de la région de Smolensk devaient être évacués derrière l’Oural. Mais Volskaïa comprit que si le voyage durait trop longtemps, elle arriverait à Sverdlovsk avec des cadavres. Pendant les arrêts, Motia envoya des télégrammes aux grandes gares sur leur route — Iaroslavl, Ivanovo, Moscou. La réponse vint de Gorki : ils étaient prêts à accueillir les enfants. À la gare, le train fut accueilli par des représentants de la ville et de la région, ainsi que par des médecins. Beaucoup d’enfants durent être sortis des wagons sur des brancards, mais Volskaïa réussit à les amener vivants. D’après les témoins, 3 225 enfants arrivèrent sains et saufs à l’arrière, loin de l’occupation.
Ce qui est frappant, c’est qu’après avoir dirigé la plus vaste opération d’évacuation d’enfants de toute la Grande Guerre patriotique, Motia, Varia et Katia n’eurent jamais le sentiment d’avait réalisé un quelconque exploit. Leurs protégés furent d’abord répartis dans des hôpitaux, puis dans des écoles de métiers.
Volskaïa fut envoyée comme institutrice à l’école secondaire du village de Smolki, dans le district de Gorodets, région de Gorki. Peu après, elle accoucha de son premier enfant dans des conditions difficiles (Ses jambes, œdématiées pendant les traversées, et la faim subie se firent sentir — NDLR). Plus tard, son mari, le partisan Mikhaïl Arkhipovitch Volski, vint la rejoindre à Smolki. Elle enseigna aux plus jeunes, mit au monde un second fils, et ne souffla mot à quiconque de cette héroïque évacuation de 1942.
Près de trente ans plus tard, elle retrouva les participants de cette traversée. Plus tard, des journalistes et des militants cherchèrent dans les archives les listes prouvant le transfert des enfants sans jamais les trouver – ce qui aurait pu justifier l’attribution d’une décoration. Volskaïa disait alors : « Je ne faisais qu’exécuter une mission. » Elle mourut en 1978.
Un livre verra le jour
L’histoire de l’exploit de Matriona Volskaïa n’est devenue connue du public que trente ans après la Victoire. Plusieurs émissions passèrent à la télévision, puis un livre parut, décrivant en détail les événements de ces jours-là.

« En 1975, je travaillais comme responsable du service des émissions pour enfants et jeunes à la télévision de Gorki, raconte Natalia Mikhaïlovna Drozdova, l’auteure du livre. À l’époque, tous les studios préparaient des programmes pour l’anniversaire de la Victoire – le pays fêtait cette date pour la première fois à si grande échelle. La télévision centrale réalisait une “Chronique de la Grande Guerre patriotique”. Nul ne sait d’où ils avaient appris l’existence de Matriona Isaïevna. Mais ils sont venus à Smolki, ont rassemblé quelques-unes des personnes qu’elle avait sauvées lors de ce transfert, et ont fait une première interview. Personne à Smolki ne savait alors rien de l’Opération, ni que Volskaïa avait été décorée de l’Ordre de l’Étoile Rouge. Par une malheureuse coïncidence, l’enregistrement sonore de cette interview a été perdu, et le matériel sur Matriona Isaïevna n’a pas été intégré à la “Chronique”. Mais Leonid Kondratievitch Novikov, un ancien combattant des bataillons de partisans de Batia qui était présent à la rencontre à Smolki, a réussi à récupérer à Moscou la vidéo sans le son. Il est venu avec elle à notre studio régional de télévision. Il voulait faire connaître l’histoire de Volskaïa. Mais toutes les rédactions lui refusaient l’accès – l’antenne était alors saturée de témoignages d’anciens combattants. »

Novikov entra dans le studio de Drozdova à l’été 1978. Il tenait dans ses mains un filet à provisions contenant une bobine de film dans une boîte métallique ronde. Le fait que le son ait été perdu n’effraya pas Natalia Mikhaïlovna : l’histoire de cette évacuation, qui s’était achevée sur la terre de Nijni Novgorod, l’émut tellement qu’elle décida de faire une émission sur Matriona Isaïevna.
« Je regrette seulement de ne pas avoir rencontré Volskaïa, confie Natalia Mikhaïlovna Drozdova. Elle souffrait déjà d’un emphysème pulmonaire, elle ne pouvait plus parler. Mais il y avait ceux qu’elle avait sauvés de l’occupation – parmi eux, par exemple, la nièce de Matriona Isaïevna, Tatiana Pletneva, ainsi que Nikolaï Anichtchenkov, qui est devenu le premier Héros du travail socialiste de l’usine “Krasnoïe Sormovo”. Donc l’authenticité de l’histoire ne faisait aucun doute. Le 18 décembre 1978, l’émission a été diffusée. On m’a dit que Matriona Isaïevna avait réussi à la regarder. »
Et après l’émission, les lettres affluèrent – des gens de toute la région écrivaient qu’ils avaient eux aussi fait partie de ce même détachement. C’est Leonid Novikov qui se chargea de rassembler les réponses et les témoignages.
« Quand il a apporté cette énorme pile de témoignages, j’ai laissé échapper : “Leonid Kondratievitch, et si on écrivait un petit livre ? ” Il s’est passionné tout de suite pour l’idée. Et moi, après avoir lu ces lettres… j’en ai été bouleversée. C’était très dur. Dans le film, on a ensuite intégré le récit d’une femme d’Elissevitchi racontant comment elle s’était cachée des Allemands dans la rivière – elle respirait par une petite paille – et comment elle entendait crier les siens, que les nazis avaient enfermés dans le club et brûlés vifs. Elle avait perdu toute sa famille, douze personnes. De tels cas, il y en avait beaucoup. Chaque histoire n’était que larmes, comment supporter cela ? Mais Novikov est venu me voir à l’hôpital, il m’a suppliée, m’a convaincue, et nous avons décidé que le livre verrait le jour. »

13 000 enfants
Natalia Mikhaïlovna savait bien qu’on ne pouvait pas se contenter de publier des souvenirs épars sur l’opération « Enfants ». Le livre devait être une œuvre mêlant fiction et journalisme. Drozdova avait une grande expérience de l’écriture de scénarios, mais allier la parole littéraire et le documentaire… Il lui fallut huit ans pour étudier et retravailler les centaines de lettres que Leonid Kondratievitch Novikov n’avait cessé de rassembler pendant toutes ces années. Enfin, le livre fut terminé : la première édition parut en 1986.

« J’ai compris que le livre était réussi quand les participants eux-mêmes m’ont demandé : comment avez-vous fait pour décrire si justement notre état d’esprit pendant la halte dans la forêt ou dans les wagons ? C’était exactement comme ça ?! raconte Natalia Mikhaïlovna. Plus tard, j’ai même surpris des témoins en train de raconter leurs souvenirs avec les mots du livre. »
Drozdova reconnaît qu’elle avait devant elle un problème plus compliqué que de retranscrire l’état d’esprit des participants ou de reconstituer les dialogues : il fallait inclure dans le livre le rôle dirigeant du Parti – et ce alors qu’elle-même n’était pas membre du Parti. Mais sans cela, le livre n’aurait pas été publié. Or, en réalité, la préparation de l’évacuation était l’œuvre de Batia, Nikifor Zakharovitch Koliada. À l’été 1942, il commandait environ 5 000 combattants – c’était pratiquement véritable armée opérait dans les arrières de l’ennemi. Son rapport a été conservé : en un an, ils ont libéré 240 localités, tué 2 353 soldats allemands, officiers et policiers, fait sauter 93 ponts et fait dérailler 6 trains ennemis. L’opération « Enfants », que Batia confia à Volskaïa, fut la première d’une série d’opérations moins vastes mais tout de même importantes d’évacuation d’enfants des territoires occupés. Au total, les partisans de Smolensk réussirent à sauver la vie de plus de 13 000 enfants et adolescents !
Malgré tout cela, Batia fut arrêté et envoyé en 1943 dans un camp de travail forcé. Il ne fut réhabilité qu’en 1954 et mourut d’une crise cardiaque peu après sa libération…
Sur les traces de l’opération « Enfants »
Juste après la parution du premier tirage du livre « Opération “Enfants” », Natalia Mikhaïlovna eut une idée : si on refaisait le même parcours que Volskaïa avec des adolescents d’aujourd’hui, du même âge que ceux de l’époque, et qu’on en faisait un film ? L’idée semblait d’abord irréalisable, jusqu’à ce que, lors d’une émission dans le studio de télévision, Drozdova rencontre Alexis Tchkalov, le responsable d’un club de cyclisme. Parcourir 200 kilomètres à pied en temps de paix, c’était une idée bizarre, mais pourquoi pas à vélo ?…

Drozdova l’approcha après l’émission à laquelle il participait et lui offrit le livre sur l’opération « Enfants ». Tchkalov, homme dynamique, se montra enthousiaste et accepta l’idée de la randonnée.
À l’été 1987, de jeunes cyclistes refirent pour la première fois le chemin qu’avaient parcouru leurs camarades de Smolensk en 1942. Tchkalov se chargea de la préparation de la randonnée à vélo, et décida d’emblée que devaient participer non seulement son club, mais aussi des jeunes de l’école de Smolki. Nina Gorbakonenko, la directrice de l’école, soutint l’idée, et Natalia Serova, une enseignante, se porta volontaire pour organiser les enfants de Smolki. Tchkalov se rendait chez eux chaque semaine, mit au point un programme d’entraînement, et exigea comme condition nécessaire d’excellents résultats scolaires. Une véritable compétition s’engagea pour le droit de participer à la randonnée.
« Le printemps et l’été furent si pluvieux dans la région de Smolensk qu’en juin on y replanta les pommes de terre, car celles plantées en mai avaient été simplement lessivées des champs, se souvient Tchkalov. Vous imaginez l’état des routes quand nous sommes arrivés à Smolensk : mes protégés à vélo et l’équipe de tournage de Natalia Drozdova dans un GAZ-69, environ 55 personnes au total. »

Dans les villages, les écoliers furent très bien accueillis : les habitants les invitaient chez eux, partageaient leurs souvenirs, organisaient des rassemblements sur les lieux de mémoire et de gloire. En outre, le groupe était accompagné de Leonid Novikov, qui, pendant les étapes et les haltes, racontait aux enfants la guerre et les événements de ces années-là.
« Non seulement le voyage lui-même, mais aussi sa préparation m’ont beaucoup changée, se souvient Natalia Serova, participante de la première randonnée, alors élève de l’école de Smolki, et aujourd’hui chef du service de développement de l’éducation à l’École supérieure d’économie de Nijni Novgorod. Matriona Isaïevna avait été institutrice de mon père, et depuis mon enfance j’entendais des récits sur elle et son exploit. Nous menions un travail de recherche actif, nous échangions des lettres avec les anciens combattants de la région de Smolensk, et il était très important pour nous de les rencontrer, de visiter ces lieux. Voici ce qui m’a marquée : pendant les haltes, alors que nous nous reposions, nos garçons, qui partaient dans la forêt, revenaient toujours avec un casque de soldat ou une douille – on avait vraiment l’impression que, malgré les plus de quarante ans écoulés, les traces de la guerre étaient encore sous nos pieds. Et les vieux anciens combattants parlaient avec des larmes des événements de ces jours comme si c’était hier. »

La chance particulière de la première randonnée fut que le groupe réussit à rencontrer Varvara Sergueïevna Poliakova (Sladkova). Comme Matriona Isaïevna, cette femme modeste fut institutrice à Demidov toute sa vie, sans jamais parler à quiconque de son rôle dans l’opération « Enfants ». Elle non plus ne considérait pas cela comme un exploit. Leonid Kondratievitch Novikov entreprit là encore de rétablir la justice historique : il rassembla les documents, et Poliakova obtint alors le titre d’ancienne combattante de la Grande Guerre patriotique et fut décorée.
Pour les garçons et les filles qui participèrent à cette randonnée, la principale récompense fut une nouvelle compréhension de l’histoire de leur pays. Voyant à quel point cette expérience changeait les enfants, Alexis Tchkalov organisa en 1988 une deuxième randonnée sur les traces de l’opération « Enfants », puis, devenu inspecteur fédéral pour la région de Nijni Novgorod, il lança toute une série de voyages plus ambitieux en autobus, au cours desquels les jeunes visitèrent non seulement la région de Smolensk, mais aussi Gjatsk – la patrie de Gagarine –, les lieux des batailles de Borodino et de Koulikovo, Iasnaïa Poliana, les villes de l’Anneau d’Or.
« J’ai participé à trois expéditions avec les enfants, raconte Natalia Drozdova. J’ai vu comment, de petits snobs citadins, ils se transformaient en garçons et filles capables d’être amis et fiers de leur pays. Et je les ai entendus dire ensuite : nous ne nous doutions pas à quel point la Russie est grande. »
Un monument est nécessaire
Tchkalov est prêt, aujourd’hui encore, à organiser ce genre de randonnées, estimant à juste titre que c’est la meilleure forme non seulement d’éducation patriotique, mais d’éducation tout court – à condition d’avoir les moyens administratifs. Il est également très attaché à l’idée d’ériger un monument à Matriona Isaïevna.

« Nous n’avons pas réussi à lui obtenir une décoration faute de documents justificatifs, mais trente ans à m’occuper de cette opération m’ont poussé à faire en sorte que sa mémoire soit honorée, explique Tchkalov, en montrant la photo d’un buste qu’une sculptrice de Nijni Novgorod, elle-même ancienne partisane, Lioudmila Koulakova, avait créé dans les années 80. Actuellement, nous retravaillons cette effigie avec le sculpteur Sergueï Molkov. Un monument de deux mètres de haut sera érigé à Gorodets, et une copie à Smolensk. »
Le chef du district de Gorodets, Nikolaï Poliakov, a déjà approuvé l’idée de Tchkalov – un emplacement a été trouvé pour le futur monument, sur la haute rive de la Volga. À travers la personne de Matriona Isaïevna Volskaïa, le militant souhaite honorer la mémoire de tous les enseignants qui ont participé à l’évacuation des enfants pendant la guerre. Des opérations moins vastes mais de même nature étaient constamment menées par les partisans.
« Nous rendrons hommage à tous ceux qui sont capables non seulement d’enseigner, de transmettre des savoirs, mais aussi d’élever les âmes, et de sauver avec abnégation si nécessaire, déclare Alexeï Tchkalov. Les enfants d’aujourd’hui ne peuvent pas, et ne doivent pas, se souvenir de cette guerre. Mais ils doivent connaître les personnes qui ont contribué à remporter la Victoire. »

